Homélies du Temps de l'Avent

Année liturgique A

1er  dimanche de l'Avent A 30 novembre 2025
Jésus qui parle à ses disciples de sa venue ; le prophète qui invite son peuple à venir à la rencontre de ce Dieu qui vient ; l’apôtre qui annonce que la nuit touche à sa fin et que le jour vient : l’insistance des textes de la liturgie de ce dimanche trace une ligne forte et claire en ce début d’Avent, qui résume la longue attente des siècles. Depuis que l’homme s’est éveillé dans sa conscience obscure, il a en même temps pressenti une autre Présence au-dessus de lui. Car l’homme est naturellement religieux, et il faut que la vague des stimulations extérieures le submerge pour qu’il oublie cet appel incoercible au fond de lui, en étant tiré à sa superficie, perdu dans ses activités frénétiques qui le distraient de la racine de son être.

Mais cette perception de Dieu qu’on peut qualifier de naturelle n’est pas encore la connaissance du Dieu vivant et vrai. Elle est comme le fonds de commerce de toutes les religions, qui ne signifie pas forcément un lien conscient et personnel entre le Créateur et la créature. L’homme perçoit bien la grandeur et la toute-puissance de Celui qui est à l’origine de toutes choses, mais il est totalement impuissant à Le rejoindre. Et Dieu qui ne peut accepter cet éloignement de ceux qu’Il aime décide donc de se porter à leur rencontre. Dieu ne veut pas rester inaccessible en son mystère de perfection, Il se définit comme Celui qui vient. Le premier mot qu’Il prononce aujourd’hui est donc parfaitement exprimé dans ce verbe qui dit qu’Il n’est pas statique mais dynamique. Il révélera plus tard qu’Il est déjà en Lui-même animé d’une vie de connaissance et d’échange : le Père se porte à la rencontre du Fils, qui se donne en retour à son Père dans l’amour de l’Esprit. L’amour, c’est sortir de soi pour aller à la rencontre de l’autre. Puisque Dieu est amour, cela veut dire qu’Il ne fera jamais rien d’autre que d’être fidèle à ce qu’Il est en Lui-même et qu’Il ne cesse de venir à notre rencontre, parce qu’Il ne peut être autrement que ce qu’Il est en Lui-même. Quand l’homme veut à tout prix rejoindre Dieu, dit un auteur, il se fait des passerelles, et ce sont les idoles ; quand Dieu veut rejoindre l’homme, Il bâtit un pont et c’est l’Incarnation. Les idoles, ce sont les créations de l’homme qui représentent ce qu’il imagine de la divinité : « Dieu, c’est ça. » Mais c’est un mensonge, Dieu est plus grand que ça, Il est le Tout-Autre, qui ne peut pas être représenté. Mais s’Il est ainsi, redoutable et tout-puissant, Il va se présenter Lui-même de manière à ce qu’on ne Le craigne pas, Il apprivoise l’homme qui a peur de Lui depuis la chute au jardin d’Eden. Il se fait petit Enfant dans une crèche de pauvre, et on finira par faire de Lui ce qu’on voudra sans qu’Il se défende. Il vient rompre le cercle de la violence qui empoisonne les relations humaines pour que la paix puisse régner entre les fils d’un même Père enfin reconnu et aimé en retour : c’est le premier Avent, le premier avènement de Dieu en personne. 

    Le second est celui dont parle l’évangile. Dans un monde qui n’attend rien d’autre que la satisfaction de ses désirs immédiats -manger, boire, se marier- sans se préoccuper de rien d’autre, Dieu qui n’a jamais cessé de venir discrètement, comme une petite lumière dans la nuit, viendra un jour en pleine lumière. Il mettra en plein jour tout ce qu’on a caché sous le tapis, au moment où on l’attendait le moins. Alors, certes, il n’est pas interdit de boire et de manger, de se marier et de travailler, de vivre en étant heureux autant qu’on peut l’être honnêtement, comme dit l’apôtre. Mais sans oublier cette lumière qui est la mesure des choses qui passent, sans s’imaginer que ce monde est un monde clos qui n’a de comptes à rendre à personne. Et c’est le troisième avènement, qui est celui du Christ dans les âmes. Car Dieu ne vient pas seulement au-dessus des têtes : Il vient en chacun et pour chacun, car, tous et chacun, nous comptons pour Lui. Le signe en est le baptême : nous ne sommes pas baptisés en gros, comme l’aspersion du début de la Messe. A chacun, Il demande : « Veux-tu que je vienne chez toi ? » Tout amour est offert et peut donc être refusé. Inouïe dignité de l’homme qui peut tenir tête à Dieu ou Le recevoir dans sa petitesse !

Voilà donc le programme qui est tracé dès le début de l’année liturgique, en prévision de l’événement de Noël, qui a eu lieu historiquement et vraiment il y a 2000ans, mais se réédite pour tous ceux qui veulent bien être une crèche capable de L’accueillir. « Venez, famille de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur ! »

1er dimanche de l’Avent A 27 novembre 2022
« Dieu existe, je L’ai rencontré » : c’était le titre assez percutant d’un académicien français qui relatait son parcours de foi qui l’avait mené d’un athéisme tranquille à la foi en Jésus-Christ. Cette expérience, finalement beaucoup la font un jour ou l’autre : sans doute ne serions-nous pas là ce matin si cela ne nous était pas arrivé, chacun à notre manière. En ce premier dimanche de l’année liturgique, les textes que la liturgie nous propose nous remettent devant cette évidence : oui, Dieu existe, même si je ne Le vois pas, et en plus, Il vient à ma rencontre parce que je compte pour Lui. Dieu existe, en effet : ça ne dépend pas de ma foi, ni de ceux qui le nient, ce qui est finalement une manière de ne pas pouvoir éviter la question. Depuis l’aube de l’humanité, de manière souvent obscure et fragmentaire, les hommes ont su que Quelqu’Un au-dessus d’eux était à l’origine de leur vie. Ils Lui ont rendu un culte, même en ne sachant pas très bien à Qui il s’adressait. Et voici que soudain, se produit dans l’histoire cet événement unique : Celui qu’on appelle Dieu, transcendant, infini, lointain, inconnaissable se manifeste en direct. Il prend la direction d’un peuple, de vies, de destinées. En s’adressant à des personnes précises -Adam et Eve, Abraham, Moyse et tous les autres, Il façonne une manière de Le comprendre plus précisément, pas seulement par les déductions de l’intelligence, mais par révélation, pas seulement de manière théorique, mais dans une relation cœur à cœur, une relation d’amitié offerte et reçue.  Et enfin, comme si ça ne suffisait pas, Il se dérange Lui-même en son Fils unique et Bien-aimé. Dieu n’est donc pas seulement Celui qui existe, ce qui est assez évident : Il est Celui qui vient à nous, qui s’approche et se rend proche parce qu’Il aime, et parce que Celui qui aime ne supporte pas la distance. Le temps de l’Avent, chaque année, veut nous rappeler cette proximité inouïe et ce désir des siècles : « Viens, Seigneur, nous T’attendons ! » Et c’est pourquoi l’Incarnation est l’événement qui fonde le christianisme et qui n’a son équivalent dans aucune autre religion. Après cela, il n’y a rien de mieux à attendre que l’éternité : nous sommes depuis lors dans les derniers temps. Mais si Jésus, Fils unique de Dieu, seconde Personne de la Sainte Trinité, donc Dieu Lui-même est venu sur notre terre il y a 2000 ans, nous avons encore à L’accueillir dans chacune de nos vies, et le critère de cet accueil pourrait être : « Qu’est-ce que ça change dans une quelconque de mes journées ? » C’est ce que nous suggère l’évangile : le partage se fait déjà entre ceux qui mangent, boivent et se marient sans avoir d’autre but que d’en profiter au maximum, en sachant pourtant qu’ils dansent sur un volcan et que le déluge peut survenir à tout moment, et ceux qui consentent à cette attente active qui nous rappelle que l’essentiel et le définitif sont ailleurs. Non pas, bien sûr, et c’est aussi une évidence que l’Incarnation a même développée, qu’il soit interdit de boire, de manger et de se marier ; mais, précise l’apôtre, sans ripailles ni orgie, sans luxure ni débauche ; on peut bien s’occuper du champ et du moulin, mais sans querelles ni jalousies. Autrement dit, sans que ces choses deviennent un absolu, ce que St Paul appelle les œuvres des ténèbres, de ces occupations purement terrestres qui peuvent nous emprisonner jusqu’à nous empêcher de penser à autre chose. Après une longue période où l’on a consommé sans retenue, nous avons maintenant une fantastique opportunité de réfréner, limiter ce qu’on nous a trop présenté comme indispensable à notre bonheur, se contenter du nécessaire pour que ce que nous faisons soit mis résolument sous le regard de Dieu qui vient à nous à chaque instant. Plus le monde nous assourdit et nous abrutit, plus il est urgent de nous réveiller, et cette prise de conscience est déjà un début de lumière. Et cela ne va pas sans un jugement, une division : « L’un est pris, l’autre laissé. » Mais pour celui qui veille, l’avènement de Dieu n’est pas un motif de crainte, une sourde menace comme certaines voix nous le répètent avec insistance. C’est bien plutôt un motif de joie et de confiance : « Relevez la tête, car votre délivrance est proche. » Un jour, nous le croyons, nous déboucherons dans la pleine lumière et dans la paix que nous avons entrevues et ardemment désirées tout au long de notre vie. L’Avent est tout entier rempli de ces petites lumières qui transpercent la nuit et qui aboutissent à la crèche. Même ceux qui n’y pensent guère dans le cours ordinaire de la vie n’y sont pas insensibles. Puissent-ils avec nous aller jusqu'à la source qui est le Christ de Bethléem.

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1er dimanche de l’Avent A 1er décembre 2019
Il arrivera dans l’avenir… C’est le moment, l’heure est venue… c’est à l’heure où vous n’y pensez pas… C’est une sorte d’imminence que ce dimanche nous annonce, mais cette imminence tarde à venir ! Nous sommes coincés entre le temps et l’éternité, ce qui n’est pas toujours très confortable. Cette donnée fondamentale de notre vie sur terre, nous pouvons comme les autres la subir en gémissant -oh, ce temps qui fuit et qui nous manque !- ou le recevoir comme un cadeau de chaque instant qui nous rapproche de la seule échéance certaine : notre mort, c’est-à-dire notre passage vers la vraie vie. Ce temps de l’Avent, qui nous fait recommencer chaque année le parcours qui va de la terre au ciel, de l’Incarnation à la Rédemption, nous invite à prendre à nouveau conscience de cette donnée qui est comme l’air que nous respirons : ça n’empêche pas de boire et de manger, de se marier et de travailler. Sans l’air, sans le temps, nous ne pourrions pas faire tout ça. Et ce cadre nous donne tant de possibilités magnifiques ! Peut-être pourrions-nous commencer par en remercier chaque jour le Créateur : Merci, Seigneur, du temps que Vous nous donnez ! Apprenez-nous à ne pas le gaspiller ! Les premiers chrétiens, auxquels St Paul s’adresse, ont vécu toute une génération comme un long avent, en étant convaincus que le Seigneur allait revenir d’un jour à l’autre. Ils pensaient que le temps réel (non pas symbolique) dans lequel ils vivaient était tout tendu vers la réalisation finale de l’histoire. Et donc, ils ne voyaient pas l’intérêt de créer des structures ecclésiales, une liturgie élaborée, des organisations caritatives. Puisque nous, nous savons que ça peut durer encore un moment, nous avons fait tout ça, et parfois, nous en sommes encombrés comme David dans l’armure de Saül. Mais ces premiers chrétiens, comme Jésus Lui-même d’ailleurs, nous rappellent quelque chose d’important. Ils avaient tort d’attendre la fin du monde de leur vivant, sur ce point ils se trompaient. Mais c’est une erreur qui est au fond de peu d’importance. Car le temps dans sa dimension matérielle -le tic-tac de l’horloge- ce n’est pas si important que ça. Ce qui est important, c’est comment nous le remplissons, comment il est assumé et vécu, ce que nous en faisons. On peut le remplir de futilités, d’égoïsme et d’injustice. Ou bien, parce que Jésus est là depuis sa résurrection et qu’Il le sera pleinement quand il reviendra, rester orienté vers le nord de la boussole qui est son amour sans limites et sans conditions. Quand St Matthieu rédige son évangile, la persécution de Néron vient de décapiter l’Eglise par le martyre des SS Pierre et Paul. Jérusalem a été détruite, alors qu’Isaïe la voyait, 7 siècles avant, comme un point de ralliement d’une humanité renouvelée. Aujourd’hui encore, des conflits de toute sorte défigurent l’humanité : pourquoi est-ce juste le contraire de cette prophétie qui semble s’accomplir sous nos yeux ? D’autant plus que ce sont le plus souvent les petits et les pauvres qui paient la facture. Oui, pourquoi, sinon parce que nous ne sommes pas assez vigilants ? Oh, bien sûr, ce n’est ni vous ni moi qui sommes responsables de tout, mais nous sommes tous capables d’être des témoins coupables, comme les appelle un auteur contemporain. Oui, cette prophétie est une accusation, un reproche cuisant, mais elle est aussi le fondement de notre espérance. Car elle annonce la venue d’un Sauveur, qui est venu, et qui reste malgré tout le Maître de l’histoire. Il respecte notre liberté (un peu trop quand il s’agit des autres, surtout s’ils sont méchants), Il nous laisse somnoler tout en nous le reprochant de temps à autre. Il se réjouit chaque fois que nous ne pactisons pas avec le mal, quel qu’il soit, en nous et autour de nous, oui, là, tout près. La victoire finale dépend de Lui et de Lui seul. Alors, c’est pour quand ? C’est là que le temps nous rattrape ou que nous rattrapons le temps : c’est à travers nous qu’il a choisi de la réaliser. Un peu d’amour donné, de pardon, de gestes de paix aujourd’hui, et le monde ira mieux. C’est dur de se convertir, hein ? Mais à cœur vaillant, rien d’impossible ! Soyons vigilants, accueillons la grâce de chaque instant, sinon, la victoire risque de nous échapper encore durant quelques millénaires.

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1er dimanche de l’Avent A – 27 novembre 2016
L’appellation du temps qui commence une nouvelle année liturgique est déjà en elle-même un programme : Avent veut dire arrivée. Dieu ne cesse de venir à nous. L’ancienne Alliance le pressentait déjà, et aboutit tout entière à l’avènement du Messie. Nous revivons là, dans notre expérience religieuse, génération après génération, cette attente ardente de voir Dieu, enfin, au bout de toutes nos nuits. Noël sera la réalisation définitive de ce désir de l’âme, le début de la fin des temps dans laquelle nous sommes : « Qui Dieu possède, rien ne lui manque », dit Ste Thérèse d’Avila. Il nous faut donc toujours revenir à ce point de non-retour à partir duquel nous comptons désormais le temps et mettre toute notre attention à accueillir le Sauveur qui vient et revient à nous, à longueur de vie. Car lorsque le temps s’allonge, que rien de bien saillant ne vient rompre la monotonie des jours et des mois, on a tendance à s’assoupir et à laisser couler. Ce qui est étonnant, c’est que depuis la venue du Fils de Dieu en ce monde, il s’est toujours trouvé des gens qui ont pris ça au sérieux et qui continuent à se demander comment répondre à cette présence invisible de Dieu dans leur vie, discerner cette approche qui se fait toujours à pas feutrés, comme lors de la naissance de Bethléem. Car Dieu ne s’est pas contenté de venir une seule fois : comme Il s’est manifesté à longueur de siècle depuis la création, sous de multiples formes et par des intermédiaires variés, Il continue à frapper à la porte de notre coeur, sans crier gare et souvent quand on ne L’attend pas. Ce qui est le plus déroutant pour nous, c’est qu’Il vient dans la trame la plus ordinaire de notre vie ; la plupart ne s’en aperçoivent guère : on mange, on boit, on se marie, on est aux champs et au moulin, et ça suffit à remplir la plupart des existences. Dieu, sans doute, n’est pas exclu forcément de l’horizon, mais Il est là incognito, tant qu’on a pas vraiment besoin de Lui. Peut-être que ces dernières années font pressentir un déluge possible, mais tant qu’Il n’est pas là, on ne change pas grand’chose au train-train quotidien. La vision d’Isaïe est toute de lumière et de paix, c’est une promesse radieuse qui rassemble toutes les nations à la montagne du temple du Seigneur. Or, le prophète écrit dans un temps de désolation et d’exil et son livre est aussi celui du Serviteur souffrant. Mais Dieu lui inspire aussi des pages de lumière qui sont comme des trouées dans la nuit. Certes, l’arrivée de cette lumière n’est pas sans provoquer un jugement et une division : l’un est pris et l’autre laissé, dit l’évangile. Celui qui veille est celui qui croit à la lumière et se conduit comme en plein jour, ce qui est un bon critère d’action : je ne fais que ce qui peut être fait au vu et su de tous. La promesse de Dieu est une menace seulement pour ceux qui agissent dans l’ombre et le secret parce que leurs oeuvres sont mauvaises.
L’évangile de ce premier dimanche de l’avent est situé tout à la fin des paroles de Jésus : elles ont dû un peu interloquer les apôtres. Car Il était bien là, et Il dit qu’Il doit venir encore ? Il donne deux caractéristiques de cette venue définitive : elle est inopinée, car Il est le Maître qui n’a pas à s’annoncer, et Il s’imposera de façon irréfutable. Et encore : elle sera universelle, personne ne pourra se défiler, de même que le déluge a emporté tout le monde. A l’inconscience universelle répond la soudaineté implacable de sa venue. Il y a là quelque chose de redoutable qui balaie bien des prétentions humaines de tout maîtriser et prospecter, de prévoir et d’assurer. Il s’agit donc simplement de se tenir prêt à l’imprévisible. Il n’est pas défendu de manger et de boire –avec mesure, l’apôtre le rappelle-, de se marier et de travailler, mais en se souvenant que l’essentiel n’est pas là. On ne peut laisser anesthésier sa conscience, se contenter du confort égoïste qui nous endort si souvent, car en définitive, il n’y a que Dieu qui demeure. La prophétie majestueuse d’Isaïe nous dit que c’est en entendant la voix du Seigneur et en L’acceptant comme Dieu que la paix est enfin donnée à ce monde qui languit en guerre perpétuelle. A la mesure de notre foi, nous pouvons en hâter la réalisation. Le Seigneur se manifestera à nous en cet avent béni : qu’Il nous garde vigilants et paisibles dans l’attente de son avènement définitif.

2ème Avent A 7 décembre 2025
Au fond, que venaient chercher ces foules qui se pressaient auprès de ce prophète hirsute, à la parole peu amène, surtout envers ceux qui étaient habitués au respect obséquieux et aux salutations sur les places publiques ? Son algarade aussi rude que son personnage fait penser à ces sermons de capucins d’autrefois, comme ce brave père qui tonitruait et gesticulait en chaire, tant et si bien qu’à un moment donné, la cordelière dont il était ceint passe au-dessus du bord de la chaire ; alors, un petit paysan se tourne vers son papa et lui dit : « F… le camp, il est détaché ! » Tant il est vrai que nous avons tous besoin, de temps à autre, d’être quelque peu secoués dans notre torpeur, ce ronron confortable censé nous assurer le paradis auquel nous pensons peu en réalité. Si un sermon nous laisse trop tranquilles, il ne sert pas à grand-chose.

Comme notre Pape Léon lors de son élection, le prophète annonce la paix, par la justice qui est le fruit de l’Esprit du Seigneur. Comme lui, nous appelons de nos vœux ce temps idyllique où même les animaux renoncent à s’entredévorer, gagnés sans le savoir à cette connaissance du Seigneur, comme ces tribus d’aborigènes d’Australie que me décrivait une personne qui les a fréquentés récemment. Depuis des millénaires, ils respectent la faune qui les entoure, si bien que les animaux n’ont pas peur de l’homme et qu’il peut les observer et les approcher dans la douceur et la familiarité. Ils partagent avec eux l’eau et la végétation qui leur sont nécessaires sans les chasser indûment, sauf ponctuellement si leur propre survie en dépend. Le contraire de cet esprit prédateur qui est la caractéristique navrante de notre société dite évoluée. 

Mais cette paix dépend d’une conversion profonde et permanente. C’est fatiguant de revenir dimanche après dimanche tremper la main dans l’eau bénite sans que ça change fondamentalement notre égoïsme et notre orgueil congénital. On est tenté de baisser les bras en se demandant à quoi ça sert. Car il ne suffit pas d’avoir été baptisé pour être un saint : ça se saurait ! Ce n’est pas parce qu’on est fils d’Abraham selon la chair qu’on peut se croire irréprochable, et en s’imaginant qu’en plus, Dieu nous doit bien le paradis. Partis en fanfare vers le Jourdain, on s’aperçoit vite que plus on avance, plus ça devient sombre, plus tout se fait amer et insipide. On a l’impression de marcher à reculons. La lutte devient sérieuse, simplement pour ne pas renoncer, et c’est avant tout parce que là, elle est vraie. On commence à découvrir ce que nous valons exactement : rien ou presque rien. On croyait être généreux, humble, serviable, et on s’aperçoit que tout est chargé d’impuretés. La misère de l’homme est sans limite et Dieu nous la laisse boire jusqu’à la lie. Fini le temps des petits jeux, des faire comme si, ces petites comédies qui nous maintiennent dans l’illusion que, quand même, c’est pas si mal que ça. Alors, là, on ne vit plus que d’aumône, de grâce inconnue, insaisissable. L’âme parle à son Dieu avec son impuissance, dans sa douleur. Et comme Dieu sait qu’on ne peut vivre seulement dans cet état d’abandon, Il vient Lui-même solliciter l’âme qui souffre en la touchant de sa douceur. Et si on reste ferme, immobile, enveloppé dans la fidélité de Dieu, quelque chose change imperceptiblement, et on sait qu’on est dans la bonne direction. Ce qui décide de notre vie éternelle, ce n’est pas le passé, mais l’avenir, un avenir que nous bâtissons jour après jour avec la grâce de Dieu, ce fruit qui exprime la conversion et l’appel que nous entendons de Lui. Le signe de Jean est donné, dit-il, pour vous amener à la conversion. Ce qui veut dire qu’il ne la rend pas encore possible : il y faut une force surhumaine, sur-naturelle. C’est seulement un désir et une bonne disposition, base indispensable à la grâce que Dieu offre. L’eau cède la place au feu dévorant de l’Amour divin que Jésus est venu apporter sur la terre. On est impuissant à le produire, on ne peut que l’accueillir en le mendiant, et c’est sans doute cela, la conversion la plus profonde qui est l’affaire d’une vie. L’attitude fondamentale est bien cette attente de ce que Dieu seul peut nous donner pour que nous soyons ses fils en vérité : c’est mieux et plus que d’être les fils d’Abraham. Alors, la nuit, comme le jour illumine, comme dit le psaume. Au-delà de ces attitudes qui enveloppent notre vie comme une atmosphère, entre orgueil et mesquinerie, d’inconstance et de paresse, on peut tenir ferme la main qu’on ne voit pas dans la nuit, et cela suffit pour nous mener plus haut que nous-mêmes. Oui, nous avons bien besoin d’être sauvés, en permanence !…

2ème dimanche de l’Avent A 4 décembre 2022
« En ces jours-là… » Les deux premiers chapitres de l’évangile de St Matthieu concernent sa naissance et son enfance. Le troisième fait un saut chronologique d’une trentaine d’années, qui fait l’impasse sur la vie cachée de Nazareth. Une nouvelle ère commence avec une voix. Il y a beaucoup de voix qui nous remplissent les oreilles hier comme aujourd’hui. Mais cette voix n’est pas comme les autres. Elle draine les foules jusqu’au désert où elle se déploie avec une force inédite. Pourtant, il n’a rien pour séduire : l’accoutrement, la marginalité, la rudesse du langage devraient logiquement en éloigner beaucoup. Or, même la crème de la société religieuse se déplace. Car, quoi qu’on en puisse dire ou penser, il y a au fond de tout homme une sorte d’instinct de vérité qui affleure malgré tous les obstacles dus au milieu, à l’éducation, aux préjugés, aux intérêts. Peut-être aussi un peu de curiosité, mais Dieu se sert de tout, et Il nous prend par l’anse qui est du bon côté. Pouvaient-ils prévoir, ces chefs religieux, qu’ils seraient frontalement pris à parti ? L’évangile, en tous cas, ne dit rien de leur réaction. Ils sont passés à la lessive comme tout le monde. On a comme l’impression que l’Esprit de Sagesse dont parle le prophète s’est doucement coulé dans les cœurs les plus réfractaires à son action, il adoucit les paroles sévères du Précurseur pour les incliner vers Celui qui doit venir après lui et devant lequel il n’est rien. Car c’est la conversion du cœur qui est la grande affaire, ce qui a toujours été la préoccupation de tous les hommes de Dieu. En chacun, il y a du bon et du moins bon, et même du mauvais. L’Esprit et sa lumière viennent faire le tri quand on le laisse entrer : c’est ce qui donne la paix véritable, son premier fruit et l’indice le plus clair de la présence de Dieu dans une âme. En ces temps troublés, les foules étaient avides de retrouver la paix intérieure, à défaut de la tranquillité sociale et civile dans ce pays occupé, sans cesse secoué par l’agitation de groupes rebelles.

Voici donc Dieu qui commence à venir et à agir : Il le fait par la voix de ce prophète, tellement puissante qu’elle peut bien faire surgir des enfants à Abraham à partir des pierres du désert. Pour les juifs, en effet, les païens qu’ils méprisent ne sont rien de plus que les cailloux du désert. Et voici que le feu dévorant de son amour les invite à devenir ses enfants et ses amis, et que beaucoup de ces méprisés les précéderont dans le Royaume qu’Il vient fonder sur la terre. L’eau de la pénitence n’est qu’un début, certes essentiel, car il est signe de cette bonne volonté qui permet à Dieu d’agir, mais celui qui baptise dans le Jourdain doit ensuite passer la main, céder la place à un autre plus puissant que lui, qui baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. Le feu et l’eau : des symboles forts qui traversent toutes les religions et qui, chacun à leur façon, disent quelque chose de l’action divine, invisible et réelle, dans les âmes. Feu de l’amour et du jugement, qui consume impitoyablement ce qui ne vaut rien, comme l’eau purifie en emportant tout sur son passage. Il ne laisse que le choix d’être consumé de son amour à Lui ou de brûler dans le brasier qui ne s’éteint pas si on l’a refusé. Ah, ça, c’est bien autre chose que la morale sociale des pharisiens et des sadducéens ! Ils se contentaient d’une sorte de bienséance qui tenait chacun à sa place et maintenait les privilèges, mais ce feu-là chasse tout égoïsme et purifie les intentions secrètes des cœurs pour que l’amour soit l’unique loi du Royaume qui vient. Il est infiniment plus exigeant qu’une conformité extérieure à un règlement qui permet de faire partie du club. Et, de fait, le mouvement ainsi amorcé se répand comme un feu, il aboutit à la Pentecôte et envahira le monde : y a-t-il un endroit de la planète où ne soit pas parvenu le nom de Jésus-Christ ? Cependant, bien des cœurs ne Le connaissent pas encore comme Quelqu’un qui les aime et qu’ils peuvent aimer. Il faudra encore beaucoup de voix intérieures et extérieures qui remuent et labourent pour que la semence répandue à profusion germe lentement et largement. Puisse chaque chrétien être un petit Jean-Baptiste qui invite et donne envie de s’ouvrir à la lumière et à l’amour, chasse les craintes de se faire avoir, de n’être pas à la hauteur, à contre-courant, ce qui est la condition normale du chrétien en ce monde. Que l’alliance réalisée par le Fils de Dieu qui unit les juifs et les païens se diffuse par tous ceux qui L’accueillent avec joie.

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2ème Dimanche de l’Avent A 4 décembre 2016
Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain : ça fait quand même beaucoup de monde ! La personnalité haute en couleur de Jean-Baptiste faisait donc recette. Certes, il y avait de tout dans ces foules qui se pressaient pour venir le voir au désert, mais lui ne se lassait pas de leur répercuter le message des prophètes : convertissez-vous ! avec une urgence particulière : Le Royaume des cieux est tout proche ! Aux pharisiens et aux sadducéens, il tient un discours adapté qui est non moins percutant, même si le contenu est identique : la conversion, ils connaissaient, pour la prêcher aux autres, mais il leur manquait de payer eux aussi de leur personne. Ils ne risquent pas d’être châtiés par Dieu, puisqu’ils sont sur la liste. Il nous arrive à nous aussi d’être assez forts pour la théorie et un peu plus timides pour la mise en oeuvre. De fait, il ne suffit pas d’avoir son nom sur un registre de baptême, ni même d’être prêtre ou religieuse, pour être à l’abri de tout reproche, pour plaire à Dieu et Lui rendre gloire. On est pas croyant et chrétien par procuration et ce que Dieu désire, c’est notre coeur et l’engagement personnel de tout notre être, pour pécheur qu’il soit et qu’il reste. Si certains méritent d’être traités d’engeance de vipères qui fuit la colère qui vient, ce n’est pas à cause de leur péché ; c’est parce qu’ils croient que malgré leur péché, ils sont plus justes que les autres et que Dieu devrait s’en contenter, parce qu’ils ont le badge d’entrée. Il leur manque l’humilité de ceux qui savent qu’ils n’ont rien à faire valoir et que l’eau qu’ils demandent au Baptiste n’est pas un geste magique qui les dispense du reste. Le discours de Jean-Baptiste, qui prêchait lui-même par son style de vie austère, nous concerne donc tous à des degrés variés. Tous, nous avons à nous retourner sans cesse vers Dieu, car sans cesse, nous L’oublions, et tant de choses prennent dans notre vie trop de place à côté de Lui. Mais de la pierre de notre coeur, dit-il, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham : combien cette parole est prophétique, non seulement dans l’histoire de l’Eglise, où tant de païens sont touchés par le Jésus de l’évangile, et ce n’est jamais fini. Devant Celui qui est capable de nous recréer ainsi, Jean se prosterne dans l’humilité du dernier des serviteurs : à la place de l’eau de la pénitence, Lui, Il donnera l’Esprit-Saint et le feu de l’amour. Pour tous ceux qui accueillent ce don, il ne restera rien des scories du péché, Il chassera tout égoïsme comme la bale du blé jetée au feu. Et de fait, l’amour est bien plus que la morale des pharisiens : c’est peut-être cela que les foules comprenaient confusément et qui leur donnait une formidable espérance. C’est bien plus, ce qui veut dire qu’on ne peut se contenter d’un minimum au-delà duquel on estimerait être quitte. Si l’évangile est plus que la Loi et le décalogue, cela signifie qu’il faut commencer par se laisser instruire, puis persévérer avec la force de Dieu pour Lui rendre gloire, comme dit St Paul aux Romains. Dans le langage de la Bible, connaître Dieu signifie non pas une connaissance théorique, un savoir informatif qui n’engage à rien et ne change rien au comportement : cela veut dire que tout l’être est imprégné de la vie même de Dieu, qui se répand ainsi au-dehors. Il faut donc que nous nous demandions sincèrement : si je dis que je suis chrétien, que je connais Dieu et que je sais qu’Il m’aime, qu’est-ce que ça change à mon comportement de tous les jours ? Il faudrait que, de manière souriante et silencieuse, ceux qui nous rencontrent se demandent : « Qu’est-ce qui fait que celui-là, celle-là, n’est pas comme les autres et que j’ai envie de lui ressembler ? » C’est ce qui fait que petit-à-petit, une société devient ou redevient vitalement chrétienne, selon l’expression du cardinal Journet : ça finit par former sans bruit une force –une force divine !- qui soulève le monde, parce que ces gens se reconnaissent entre eux ; c’est le levain de l’évangile dont il a tant besoin et qui apporte la paix qu’il cherche sans la trouver, en étant si impuissant à la bâtir et à la conserver. Il ne peut y avoir de paix sans la conversion du coeur de chacun, et nous pouvons commencer par le nôtre. C’est l’invitation pressante de Jean-Baptiste, c’est ce qu’annonce le prophète et ce qu’il souhaite ardemment pour les nations en douleur d’enfantement. Laissons-nous purifier par le feu de l’Esprit que le Christ nous apporte à nouveau, et sa gloire sera notre demeure.

3ème dimanche de l’Avent A 14 décembre 2025
Le personnage de Jean est l’une des vedettes de l’Avent, aux dires de Jésus Lui-même, le plus grand des prophètes, qui n’a pourtant rien laissé d’écrit, à l’inverse d’un Isaïe, autre grande figure de ce temps d’attente. D’une puissante originalité qui drainait les foules, il est maintenant ce prisonnier, victime de la vindicte d’Hérodiade qui obtiendra bientôt sa tête avec un cynisme révoltant. Et comme si sa détention et cette perspective ne suffisaient pas, le doute s’empare de lui et met le comble à l’obscurité de son cachot. Il est ainsi des moments dans la vie où l’on en arrive à douter de tout, parce que tout s’effondre autour de nous, y compris ce qui avait été jusque-là une raison de vivre ferme et claire. Mais son courage silencieux demeure pour beaucoup une référence. On sait qu’il ne parle jamais à son propre avantage, convaincu jusqu’au martyre qu’il peut maintenant disparaître pour que le Messie seul resplendisse sans partage. Nous sommes ici à la charnière des deux Testaments : le Messie est déjà là, mais encore incognito ou à peu près : « Au milieu de vous est Quelqu’un que vous ne connaissez pas » avait-il dit. Oui, si souvent, Dieu passe à côté de nous et nous ne Le reconnaissons pas ! Cette présence discrète -car Dieu est toujours discret- a changé le cours de l’histoire. Jusque-là, les grands voyants pouvaient bien rappeler les promesses de Dieu, tenter de raffermir les courages abattus par les catastrophes et les déportations, les ruines et les abandons. Mais comme nous, si souvent, sous le pressoir de l’épreuve, ils pensaient que Dieu les avait laissé tomber. Or, voici que les premiers signes ne trompent pas : les catégories traditionnelles de pauvres et d’estropiés énoncées par les prophètes se voyaient guéris. Comprenne qui pourra ! Ouvrez les yeux et faites vos conclusions ! Depuis 2000 ans, la même parole retentit et s’ils ne sont pas tous guéris, une transformation radicale est en cours, dans le même silence que celui de Jean. La présence du Verbe Incarné au milieu des siens a changé leur manière de voir et d’empoigner leur condition douloureuse. Ce n’est pas le clinquant habituel des puissants qui jettent de la poudre aux yeux, c’est la proximité de Quelqu’un qui aime jusqu’à en mourir, attentif à chacun, soucieux de la moindre brebis, toujours prêt à consoler et à rendre vie. Nous sommes dans le Royaume de la grâce et non plus sous le régime de la Loi. Jean-Baptiste s’est arrêté au seuil du Royaume, et ce renoncement même n’est pas sans grandeur. Il est comme Moyse qui n’est pas entré dans la Terre Promise mais a accompagné le peuple jusqu’à la frontière. Il est ce doigt tendu du retable d’Issenheim plus important que le reste de son corps. Le Royaume est là, à portée de main, et c’est plus encore que la gloire de Sarôn et la splendeur du Liban ! Voilà ce qui fonde la joie de ce jour qui affleure dans les chants et les textes. Elle est à la fois ardente et austère, encore un peu sur le versant de la pénitence, car Dieu n’est pas encore tout en tous et il y a encore du pain sur la planche pour L’accueillir. Là aussi, Jean Baptiste est par excellence l’homme de cette joie spirituelle. Il a été saisi par elle dès avant sa naissance, à la visitation, à l’approche du Sauveur pas encore né. Il y a chez lui comme une impossibilité de se satisfaire des choses de la terre. S’il s’enfuit au désert, c’est pour que rien ne puisse le détourner de cette joie, il y est comme consacré tout entier. Ce qu’il dit aux foules, ce n’est rien d’autre : « Ne vous laissez pas charmer par rien d’autre que l’Epoux qui ne cesse de venir à vous ! » C’est au désert, dans ce dénuement extrême, que fleurit le paradis de la joie véritable. Chez les hommes d’alors, comme dans les déserts d’aujourd’hui, où il n’y a que les intérêts personnels, les commodités et les divertissements qui comptent, tous ces ersatz qui ne comblent pas. Notre monde qui s’enfonce dans la morosité, la tristesse et le désespoir doit d’urgence retrouver le chemin de l’Unique Nécessaire en prenant le temps de se poser devant Dieu, et pas seulement 5 minutes en passant : le temps qu’il faut pour que sa paix et sa joie puissent nous rejoindre jusque dans les recoins les plus sombres de l’âme. L’histoire des saints montre que les grands pénitents sont aussi des saints joyeux, parce que tout est à sa place, rien n’est négligé ou méprisé, tout est ordonné au Bien Souverain. La question que Jean envoie poser au Christ par ses disciples est donc bien autre chose qu’un vertige de dernière minute : c’est une confirmation de ce qu’il sait depuis qu’il a baptisé son cousin dans le Jourdain. Il sait donc qu’il peut mourir seul, suprêmement détaché de tout. Cette joie-là, nul ne pourra la lui ravir.

3ème dimanche de l’Avent A 11 décembre 2022
L’une des plus grandes pauvretés, c’est de manquer de joie ; pire, peut-être : de ne plus être capable de joie. Jean-Baptiste, dans sa prison, est-il atteint de ce virus sournois qui plombe souvent lourdement tant de nos contemporains ? On serait de fait déprimé pour moins que ça : simplement de s’imaginer ce que pouvait être les prisons d’Hérode, on en a le frisson, même en pensant que son régime de vie antérieur l’avait un peu préparé à vivre de rien, comme les moines qui supportaient mieux que les autres déportés les conditions de vie des camps, parce qu’ils étaient habitués à une grande austérité de vie. Mais sa question posée par ses disciples envoyés à Jésus montre qu’il ne pensait pas d’abord à lui. L’obscurité n’était pas seulement celle des souterrains de la forteresse Antonia : elle avait gagné son esprit. Rien de pire, en effet, que de ne pas savoir pourquoi on souffre, de penser qu’on s’est trompé, d’avoir vécu pour rien ou d’avoir misé sur le mauvais cheval. Il ne pensait pas d’abord à son avenir sur terre. Il avait déjà donné sa vie en rendant témoignage à la vérité et ne regrettait rien. Mais il ne voulait pas orienter de travers ses disciples qui lui faisaient confiance et qu’il avait déjà donnés à Celui qui devait venir après lui. Il a donc besoin d’être rassuré dans ce doute pour pouvoir mourir en paix. Et Jésus qui sait tout cela le rend à la lumière intérieure. Tout ce que les prophètes avaient décrit se réalise point par point sous leurs yeux. Cette surabondance est la cause essentielle de ce qui est le grand thème de ce dimanche : la joie, présente dès le premier mot de l’introït. Savoir que Dieu n’est pas loin, Lui qui est l’amour infini, qu’Il n’est pas indifférent mais plein de compassion, qu’Il est Père miséricordieux qui nous suit pas à pas en respectant notre liberté, voilà le motif d’une joie profonde que les péripéties de la vie quotidienne ne peuvent entamer. C’est cette joie-là qu’Il veut nous faire revivre par l’attente de l’événement le plus heureux de l’histoire : la naissance du Fils de Dieu de la Vierge Immaculée. Cette joie n’est pas réservée aux chrétiens seuls : elle est, comme le chanteront les anges à Noël, pour toute l’humanité, et particulièrement les plus pauvres, les plus pauvres de joie, parce qu’ils sont dans une situation de guerre, d’oppression, de violence, éprouvées dans leur corps ou leur âme qui risque de leur faire oublier que la joie existe. Elle peut même coexister avec la souffrance : c’est ce qui dit joliment un auteur à sa manière : « Jamais on n’aime plus la vie qu’à l’ombre du renoncement. » Autrement dit, c’est dans un certain détachement de ce qui est réputé être indispensable à la joie qu’on la trouve, comme une sorte de supplément inattendu.

Jean-Baptiste dans sa prison est réduit à rien. Il est à la merci de ses geôliers, et la vie d’un condamné de cette sorte ne tient qu’à un fil, comme le montrera l’épisode final de sa vie. Mais tout laisse à penser qu’il n’a rien changé à ses habitudes d’ermite : il retrouve là le silence du désert après avoir été un prédicateur infatigable qui remuait les foules. On aurait pu croire qu’il vivait alors, à l’extérieur, comme nous souvent : aux frontières de nous-mêmes, au plan des émotions, des sentiments, des nerfs, des réflexes. Or, nous pouvons comme lui avoir de ces moments où nous rassemblons calmement notre intelligence et notre affectivité profonde, où le vouloir libre reprend le gouvernail. Car il y a en chaque être humain un lieu profond et secret, un centre infime et vital, à partir duquel toutes les facultés du corps et de l’esprit sont ordonnées. En Orient, on l’appelle le coeur du cœur, comme on parle du cœur d’un arbre. Certains n’y ont encore jamais pénétré. Il est pourtant le lieu le plus réel de notre vie. C’est là que ma petite existence vit Dieu, Père, Fils et Esprit. L’Auteur de toute vie habite mon secret. Et ça prie en moi depuis 25, 40, 90 ans… parce que mon être humain s’origine en l’Etre divin, Créateur de tout. S’il y a un lieu où je suis vraiment moi, c’est bien celui-là. Ma vie sans cesse y surgit de la Vie même de Dieu, ma soif d’être vrai de sa Vérité, mon désir d’aimer de son Amour, source de tout amour. Cela, jamais personne ne pourra me l’enlever, et c’est la source de ma joie.

Oui, il est vraiment très grand, Jean-Baptiste qui nous enseigne la source d’une telle joie ! Ne la négligeons pas, prenons le temps et le chemin qui y conduisent. Jamais plus nous ne nous sentirons malheureux.

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3ème dimanche de l’Avent A 11 décembre 2016
Tous les prisonniers sont avides des moindres nouvelles qui leur rappellent le monde de la liberté. Tout ce qui les sort des contraintes carcérales, ne serait-ce qu’en imagination, est un soulagement et une lumière. C’est encore plus fort pour Jean-Baptiste, qui est accablé d’une obscurité particulière qui le met en cause, lui et jusqu’à sa mission et au sens de sa vie. A qui n’arrive-t-il pas, un jour ou l’autre, de croire tous ses efforts inutiles, de penser qu’on s’est trompé de chemin, qu’on aurait pu ou dû faire autre chose et qu’il ne reste plus qu’un peu de sable qui fuit entre les mains ? Or, cette épreuve crucifiante, pour lui comme pour nous, appelle une réponse de Dieu, c’est une épreuve purificatrice : si souvent en effet, nous entreprenons nos projets généreusement, sans doute, mais aussi grevés d’intérêts divers, de calculs plus ou moins avoués, voire de paresse et de vanité qui méprise les autres. Alors, heureux sommes-nous si Celui qui vient et qui jugera le monde n’est pas pour nous une occasion de chute, qui nous permet d’être lucides et humbles, de ces petits sans prétention qui sont les premiers à entrer dans le Royaume. Jésus ne fait qu’énumérer les miracles classiques et discrets de l’Ecriture qui montrent aux envoyés de Jean qu’Il accomplit toutes les prophéties. Jean ne s’est donc pas trompé en se présentant comme la voix dans le désert, annonçant la merveille de l’homme nouveau qui est à nos portes. C’est pour cela qu’il est grand, plus que tous les autres qui l’ont précédé, son humilité fait place à la lumière de la grâce nouvelle. Sur les icônes, il se tient en général aux côtés de la Mère de Dieu, qui provient Elle aussi de l’Ancienne Alliance et passe dans la nouvelle, à droite et à gauche de Celui qui juge le monde. Voici donc que se réalise ce qu’annonce Isaïe : « Que le désert et la terre de la soif se réjouissent ! » Le monde sans Dieu est aride et stérile, sa venue le transforme en jardin, comme aux origines. L’homme est aveugle, sourd et boîteux tant que le Sauveur ne l’a pas touché, mais alors, il se déploie, ses sens s’ouvrent et ses membres se délient. Le monde promet à ses adeptes tous les conforts et les facilités, mais ses idoles sont elles aussi aveugles, sourdes et muettes, comme disent les psaumes, et leurs adorateurs leur ressemblent. Mais les captifs sont invités à revenir à Jérusalem, à renaître à une vie qui en vaille la peine, comme les déportés qui retournent chez eux. Pour Jean, la libération sera autre : puisque tout s’est réalisé, sa mission est terminée, et il peut rejoindre en droite ligne la joie éternelle ; il est jusqu’au bout le témoin de la lumière, et son martyre est en réalité la récompense d’être libéré de ce monde qui est toujours une prison plus ou moins dorée.
Nous voilà orientés nous aussi vers le retour du Seigneur, définitif, celui-là, puisque nous ne sommes pas destinés à demeurer prisonniers de cette terre. St Jacques nous engage à l’attente patiente, qui est comme symbolisée par certains métiers, comme les cultivateurs qui ne peuvent forcer le rythme des saisons. Les semences poussent, nous dit la parabole, « on ne sait comment », ou plutôt, selon le secret de Dieu, qui est Vie en Lui-même, une vie qui ne peut décevoir. Cela aussi est une grande leçon de vie : dans notre monde où tout va trop vite, il reste au moins la nature qui ne se plie pas aux impatiences de l’homme insatiable. L’apôtre comprend que cette patience est formatrice, parce qu’elle exige un affermissement du coeur, c’est-à-dire de ne pas se laisser mener par la série infinie de nos caprices, mais de décanter nos désirs et de simplifier nos attentes jusqu’à l’Essentiel qui est Dieu. C’est une attitude qui est assez à rebours de notre monde : elle consiste à ne rien précipiter –ce qui ne veut pas dire gaspiller son temps-, ne rien accélérer artificiellement, mais laisser venir à soi tout ce que Dieu nous destine pour nous rapprocher de Lui. Même si on peut être légitimement impatient du retour du Seigneur, on est en même temps renvoyés aux prophètes et à leur patience qui espère à longueur de siècle. C’est aussi la patience de Marie en cet Avent : la femme enceinte ne peut aller plus vite que la nature. Quand Il viendra, le Désiré des nations, Il dépassera toutes nos attentes. Jean l’a compris ce jour-là, et il est dans la paix et le bonheur de donner sa vie jusqu’au bout.

4ème dimanche de l’Avent A 21 décembre 2025
L’oracle final d’Isaïe, à la fin de la première lecture, qui paraît assez énigmatique dans sa formulation, donne une précieuse indication sur le Messie à venir. « Elle sera abandonnée, la terre dont les deux rois te font trembler. » Religion et politique forment de tous temps un couple orageux. La politique, c’est la force et les intérêts des puissants ; la religion, c’est le rappel encombrant des vérités éternelles : immanquable qu’elles entrent régulièrement en conflit, et c’est rarement la religion qui gagne. Israël est un tout petit pays coincé entre deux super-puissances, une zone tampon entre l’Assyrie au nord et l’Egypte au sud. C’est donc là que choisit de naître le Fils du Très-Haut, un pays occupé par l’empire le plus puissant d’alors, et qui sera à peu près rayé de la carte peu d’années après sa mort et sa résurrection. On ne saurait imaginer signe plus éclatant de la toute-faiblesse de Dieu, qui n’emprunte pas les canaux ordinaires des puissances de ce monde pour imposer ses vues à l’humanité récalcitrante. Chaque fois que son peuple ou son Eglise aura la tentation d’oublier ses origines, il lui en cuira. Quand le Fils de Dieu s’incarne, ce n’est pas dans l’abstrait : Il le fait dans un peuple bien précis, un moment de l’histoire bien particulier, une famille singulière. 

Il sera donc une enfant né d’une femme : en humanité, c’est la règle, pas moyen de faire autrement, en dépit des rêves d’apprenti sorcier dont on nous rebat les oreilles ! Pourtant, cette femme n’est pas ordinaire, c’est le moins qu’on puisse dire. Très jeune, selon les mœurs du temps, parce que la mortalité conseillait aux époux de ne pas trop tarder avant d’avoir des enfants. Mais derrière cette conformité de l’époque, il y a sans doute l’idée que Dieu est toujours jeune, en pleine possession de ses moyens, malgré sa faiblesse apparente. Et ce petit Jésus, qui avait un peu inquiété le tyran fantoche de Judée à son arrivée, sera vite oublié tant il sera discret à son retour d’Egypte et pendant 30 ans. Et quand il commencera à prêcher, ce sera comme tant de rabbis, avec ce je ne sais pas quoi de plus qui Le fera trouver encombrant par les autorités religieuses. Elles se débarrassèrent donc de Lui comme de tant d’autres. Vraiment rien d’extraordinaire dans une telle existence ! Or, ce fut dans cette vie toute humaine, si semblable à d’autres au regard de l’histoire profane, que le cours de l’histoire allait être si profondément bouleversé, que le salut se réalise, ce qui est une autre dimension de cette même histoire. On peut très bien passer à côté de cette dimension, se contenter d’être un petit fétu ballotté par le cours de événements, sans rien en comprendre. Il n’y a que la foi qui nous permet de voir au-delà et par-dessus. La naissance virginale du Fils de Dieu n’est pas seulement un miracle. Comme tout miracle, il est signe d’autre chose : Jésus est beaucoup plus qu’un enfant d’Israël parmi d’autres, semblable à tous les prophètes qui l’ont précédé, si grands qu’ils aient pu être en leur temps. Il surplombe tous les temps, toutes les civilisations, toutes les époques. Juif de naissance, son vrai Père, c’est Dieu, et Dieu est le Dieu de tous. Il donne naissance à une nouvelle race, dans laquelle les liens du sang ont leur importance, comme preuve de leur insertion dans la trame humaine, mais pas une importance première et déterminante. 

C’est ce que souligne le rôle de St Joseph. Il est à la fois essentiel et secondaire, par rapport à celui de son épouse, la Vierge Marie notamment. Il est celui qui couvre le secret de la naissance virginale, afin qu’il ne soit pas livré à des pouvoirs malveillants comme peut l’être l’opinion publique si peu éclairée. Mais son silence même est comme l’expression symbolique de sa collaboration au mystère du salut, infiniment humble et pourtant indispensable. Il nous invite à avoir à la fois la même délicatesse et la même détermination dans notre mission propre au service de Dieu et de son dessein. La naissance de Jésus met fin à toute tentative de domination d’une race sur l’autre, d’une quelconque supériorité humaine, même au nom de la foi. Nous sommes tous citoyens des cieux, comme dira St Paul, avant d’être originaires d’un pays terrestre, catholiques et capables d’accueillir comme frères et sœurs des croyants auxquels nous sommes unis par une même foi, que nous accueillons ensemble comme un don précieux et immérité. Soyons prêts à accueillir Celui qui vient et réjouissons-nous de tous ceux qui Le reconnaissent dans la foi.

4ème dimanche de l’Avent A 18 décembre 2022
Nous sommes à quelques jours du solstice d’hiver, au cœur de la nuit qui marque la fête de Noël, et à partir duquel les jours recommencent à grandir. C’est un beau symbole enraciné au cœur de notre petite planète telle qu’elle est sortie des mains du Créateur. A voir ses œuvres, nous pouvons ainsi apprendre quelque chose de Lui. L’évangile de ce dimanche est pour ainsi dire tout entier dans cette pénombre dont on ne sait pas encore si elle est le prélude à une obscurité plus épaisse ou le dernier moment avant le jour qui pointe. Marie était dans cette pénombre jusqu’à l’arrivée de l’ange : Elle était toute donnée à Dieu, mais ne savait pas encore concrètement ce qu’Il allait Lui demander. Sa foi était sans faille, mais d’autant plus obscure et profonde qu’elle ne pouvait s’appuyer sur rien de précis. Maintenant, Elle sait qu’elle sera la Mère du Sauveur, mais pas encore tout ce que cela impliquera, et d’abord, comment couvrir ce secret. Elle est le vase de silence et ce n’est pas Elle qui percera l’événement sans paroles qui s’est passé entre Elle et le Saint-Esprit. Car personne d’autre ne sait, pas même Joseph, son fiancé. Pour lui, la foi est plus mystérieuse encore. Il Lui fait une confiance totale, mais ce qui vient d’arriver est si déroutant ! Inévitablement, on bavarde à ce sujet : on sait qu’ils sont fiancés, mais ils n’habitent pas encore ensemble. Unanimement, on considère l’Enfant comme celui de Joseph, mais, il y a un… mais. Dieu a le temps. Ce n’est que des dizaines d’années plus tard que les évangiles noueront la gerbe. Pour le moment, Joseph est dans l’obscurité : comment concevoir que dans sa fiancée, c’est Dieu Lui-même qui vient ? Au silence de Marie, il pense répondre en la renvoyant en silence. Il faut un songe pour le rassurer et faire de lui le gardien du secret, qui reste donc entier pour tout le monde.

Quant à la prophétie d’Isaïe, elle est pénombre elle aussi : un savant exégète a pu dire que ce texte est le plus controversé de la Bible. Dieu offre au roi Achaz, en difficulté, un signe éclatant. Mais le roi sait qu’on ne peut tenter Dieu et il le refuse avec noblesse. Isaïe le prend à contrepied et le blâme de n’avoir pas accepté. Mais le texte reste obstinément obscur : Jeune femme, vierge, enfant, Emmanuel : de qui s’agit-il ? Prophétie de bonheur ou menace ? Il faudra 6 siècles pour que la traduction grecque, peu avant le Christ, se hasarde à préciser en parlant d’une vierge et d’un Dieu-avec-nous qui sera le Messie : quand l’événement se produit à Nazareth, on commence à comprendre et les évangiles, grâce à l’illumination de l’Esprit Saint le comprendront plus tard encore. Oui, Dieu prend vraiment le temps pour faire entrevoir ce qu’Il veut dire !

Pour l’Enfant, Roi-Messie, St Paul plonge lui aussi ses lecteurs dans l’embarras: selon la chair, Il est issu de la lignée de David, mais c’est seulement sa Résurrection qui consacre ce fils de David comme Messie d’Israël. Autrement dit, ce n’est pas à sa naissance qu’on comprendra, mais à sa mort. Après la bassesse de sa vie, vient la gloire de sa Résurrection. Durant sa vie, beaucoup se sont inquiétés de ses pouvoirs miraculeux, alors qu’Il n’est que le fils du charpentier, et c’est pour s’être fait l’égal de Dieu qu’Il sera condamné. Le Père n’interviendra pas, et ce seront les ténèbres sur toute la terre. Dieu a le temps, encore une fois, et tout se joue en définitive dans le décret divin, qui surplombe tous les événements.

Quand le monde est dans l’obscurité, nous pensons à tous les pauvres gens qui grelottent à Kiev ou ailleurs. Un higoumène ukrainien écrivait récemment : « Les gens prient beaucoup. Malgré les difficultés, il n’y a pas de sentiment de dépression ou de déception. Nous nous aidons les uns les autres. Nous croyons que la puissance de Dieu est plus forte que toute autorité terrestre. Nous croyons à la victoire du Bien. Continuez à prier pour nous, et que Dieu vous bénisse ! » Avec Marie, avec Joseph, avec tous ceux qui les écoutent et les suivent, croyons que c’est surtout dans la nuit qu’il est bon de croire à la lumière.

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4ème dimanche de l’Avent A 18 décembre 2016
Après la fête de l’Immaculée, ce dimanche pourrait être appelé dimanche de la Vierge. Elle est de fait le plus grand personnage de l’Avent, pour les raisons multiples que l’on sait. Avec Elle, nous sommes dans les derniers préparatifs, bien plus près de l’Evénement que le prophète qui parlait de ce signe merveilleux et inopiné. Car cette naissance virginale semblait enlever le Messie du peuple juif : puisqu’Il est d’abord Fils de Dieu, peut-on encore Le considérer validement comme fils de David ? Pour cela en effet, Marie ne suffit pas, pourrait-on dire. Voici donc qu’entre en scène un autre personnage, non moins inattendu, qui assurera cette filiation qui accomplit les prophéties. St Matthieu s’étend largement sur les réactions de Joseph et le rôle qui sera le sien dans le plan du salut. Nous admirons ici la précision du plan de Dieu, qui intègre parfaitement la liberté de chacun, la soutient dans ce qu’elle a de meilleur, pour arriver au but. Que se serait-il passé si Marie avait hésité, si Joseph avait piqué la mouche ou simplement hésité à faire confiance, si l’ange n’avait pas su y faire ? On dit qu’on avait une fois posé la question au Seigneur : « Eh oui, si ?... Avez-vous un plan de secours ? » « Non, répondit-Il, je n’ai pas d’autre plan. » Le salut du monde suspendu à des libertés humaines ! C’est absolument vertigineux, et nous montre à quel point Dieu prend au sérieux nos réactions, nos acquiescements, combien Il peut être désolé de nos refus : quand nous disons non, nous Le privons d’un bien qu’Il avait prévu et désiré de toute éternité. Bénissons-Le d’avoir soutenu et accueilli le don que Marie et Joseph ont fait d’eux-mêmes à ce moment inouï de l’histoire des hommes ! Nous ne nous étonnerons pas de Marie : Elle est tellement au-dessus des réactions ordinaires. Mais St Joseph, ah, là, il nous faut l’admirer d’une façon particulière. Il est bien plus que ce mari trompé, comme on a pu le dire presque grossièrement. C’est un jeune homme droit et pieux, il connaît bien sa fiancée et sait qu’Elle est incapable de la moindre tromperie. Avec Elle, il a certainement accepté pour lui-même la virginité. C’est vraiment un juste, et on le voit au fil de sa réflexion racontée avec précision par l’évangéliste. S’il avait cru Marie coupable, pour être juste et fidèle à la Loi, il devait la dénoncer. S’il ne le fait pas, il n’en fait pas assez. S’il pense qu’Elle est innocente, alors, il est injuste en la répudiant secrètement : là, il en fait trop. Le vrai problème, ce n’est pas de savoir s’il La croit innocente ou coupable, mais de savoir s’il était au courant de la conception virginale : C’est comment , en relation avec la question de Marie à l’annonciation : « Comment cela va-t-il se faire ? », ce qui veut dire que tous deux acceptent d’avance le plan de Dieu et demandent juste quelques précisions sur le mode d’opération. En fait, Joseph refuse en un premier temps de se faire passer pour le père de cet Enfant qu’il sait être le Fils de Dieu. S’il a pensé à répudier Marie, c’est pas délicatesse envers Dieu d’abord, par obéissance à la volonté du Seigneur qui apparemment ne lui avait confié aucune mission envers Marie et son Fils. Il préfère se retirer sur la pointe des pieds pour ne pas s’interposer dans la réalisation d’un projet qui le dépasse. Mais Dieu a eu cette délicatesse particulière de le rassurer en lui envoyant son ange et en lui expliquant la suite : ainsi, il pourra en toute quiétude donner son nom à l’Enfant, qui sera fils de son père au sens juridique, c-à-d fils de David, comme prévu. Oui, tout ça méritait bien le déplacement d’un ange pour le conforter dans sa mission, et là, il n’hésite plus.
Même si notre destin n’est pas le sien, il a beaucoup à nous dire en ces derniers jours de l’Avent : on pourrait résumer les éléments de sa justice en 3 mots : il sait, il accueille, et il sert. Il sait par l’Ecriture et par Marie ce qui va se passer : il sait dans un immense respect et une foi sans faille. Il accueille cet Enfant qui n’est pas de lui, avec la même tendresse que s’il était de lui : quelle abnégation, quel détachement ! Et il Le sert comme son Dieu, en se laissant déranger par tout cet impromptu que le Père des cieux a mis en place grâce à lui. Qu’il nous aide à devenir des justes comme lui, en acceptant pas à pas le projet de Dieu pour nos vies, afin qu’Il puisse être présent à notre monde, aujourd’hui comme hier.

Année liturgique B

Année liturgique C

***** Antiennes O ***** du 17 au 23 décembre

Antiennes O 17 au 23 décembre 2025

17 décembre 2025 O Sapientia

La semaine qui nous prépare immédiatement à Noël est saluée par la première des antiennes O . Celle de ce soir salue la Sagesse qui sort de la bouche du Très Haut et embrasse tout, du début à la fin, donnant vie à tout ce qui existe avec autant de force que de douceur. Ainsi, le Verbe de Dieu qui prend chair à Noël entre dans le temps et lui donne une nouvelle dimension. La succession des générations qui conduisent jusqu’à Lui est gouvernée par cette sagesse supérieure qui se joue des aléas humains et les fait servir à son dessein bienveillant. Nous subissons souvent le temps comme une contrainte : il va toujours trop vite ou trop lentement. Or, il nous achemine vers l’achèvement de la mort : l’homme est le seul être vivant qui sait qu’il doit mourir. Mais depuis que la Vie même est entrée dans le monde par le Christ, la mort n’est que la porte de la vie véritable. Oui, tout est disposé par Dieu sur le chemin qui y mène, et la Sagesse nous enseigne la prudence  qui nous permet d’évaluer toutes choses selon ce but, à l’aune de l’éternité. C’est pourquoi les anciens parlaient de la mort comme du jour de la nouvelle naissance, dies natalis. Le Christ n’entre dans le temps que pour nous emmener avec Lui et nous remodeler selon l’esprit d’enfance et la jeunesse éternelle. 

 

18 décembre 2025 O Adonai

Dieu est salué aujourd’hui comme le Dieu des armées, Adonai, le chef de la maison d’Israël. Il vient avec puissance libérer son peuple de sa servitude la plus profonde, et c’est pourquoi le prophète parle de Lui comme le Seigneur, notre justice. Le péché blesse le rapport de l’homme avec Dieu et les rapports des hommes entre eux. Dieu seul peut surmonter cette cassure par quelque chose de plus haut qui s’appelle miséricorde. Le Dieu de justice a tourné pour toujours la page de la justice. Cette page était vraie, et même belle, mais incomplète. Elle n’avait pas la grandeur de Dieu, elle se cantonnait aux droits et devoirs. Les canons de la justice et de la vérité sont impuissants, seuls, à offrir le salut à l’homme perdu dans l’impasse du péché. Il fallait autre chose, et c’était là le secret resté caché en Dieu depuis les siècles. Et Jésus vient parmi les hommes, pour instaurer pour toujours la loi du pardon et de l’amour qui va au-delà de la justice. La paix s’établira par tous ceux qui acceptent ce changement -qu’est-ce qui, en vérité, nous empêche de l’accepter et d’opter résolument pour cette logique céleste ? Non plus par la vérité sèchement appliquée, par le tribunal de la Loi, mais par le Cœur d’un Enfant qui s’est fait pour nous péché, comme dit l’apôtre. C’est là la force qu’Il nous offre.

 

20 décembre 2025. O Clavis David

L’Angelus que la piété chrétienne nous fait prier 3 fois par jour est le rappel quotidien de l’événement que nous raconte l’évangile de ce matin. La fête récente de l’Immaculée Conception est le premier acte, absolument singulier, de l’irruption de la grâce dans son âme pleinement consentante, et la certitude que le salut promis par Dieu progresse, jusqu’à ouvrir les prisons et libérer les captifs plongés dans les ténèbres. La prophétie de l’Emmanuel avait déjà fait mystérieusement entrevoir la naissance unique, signe de la venue de Dieu en ce monde, et en même temps réalisation miraculeuse de sa présence. Le dialogue de Marie avec l’ange est comme la preuve que Dieu prend toujours sa créature au sérieux, jusqu’à faire dépendre d’elle la réalisation de son dessein éternel. Surprise de cette visite qu’Elle attendait par ailleurs, Marie ne se laisse pas ébranler. Elle ne désire que ce que Dieu veut, et Elle sait qu’Il lui donnera les moyens de l’accomplir. Il respecte entièrement ce qu’Il Lui avait inspiré et laisse intacte sa virginité qui convient à l’Enfantement du Fils de Dieu. Ainsi adviennent les plans de Dieu : ne soyons pas obstacles mais collaborateurs confiants et fidèles.

 

22 décembre 2025 O Rex gentium

L’exultation de ces deux mères que les lois de la nature interdisaient d’enfanter donne la mesure de ce miracle permanent qu’est la naissance d’un enfant. La vie que Dieu a voulu donner à sa création trouve là son sommet, et c’est un phénomène tellement courant qu’il en devient presque banal. Chaque nouveau-né se développera ensuite selon sa trajectoire propre, certains seront plus célèbres que d’autres, mais tout être humain est unique et ne peut être remplacé. Samuel tiendra un rôle de premier plan dans ce peuple à la nuque raide qui a bien besoin de ce genre de consacré pour le guider ; il est vu d’emblée comme un sujet doué, comblé de grâce et considéré comme prêtre, juge, prophète, médiateur et chef d’armée. Il joue un rôle décisif dans la première institution de la monarchie d’Israël. Le parallèle est évident avec Celui qui sera le Roi des Nations, Fils de la Vierge Marie qui rend grâce, comme Anne, dans le Magnificat qui achève chaque jour le chant des vêpres. Avec Elle rendons grâce à Dieu de nous donner le Sauveur, pierre angulaire de l’Eglise qui rassemble en son sein tous les hommes de bonne volonté.

 

23 décembre 2025 O Emmanuel

La personnalité de Jean évoquait tant de prédécesseurs que l’on se perdait en conjectures pour l’identifier. Le parallèle le plus célèbre était Elie, le plus grand des prophètes qui avait prédit son retour dans l’histoire. Mais il n’était que le serviteur de Dieu, comme Jean est la voix qui annonce la Parole. L’Emmanuel est Celui qui doit venir, le seul qu’on attendait et après lequel il n’y a personne d’autre à attendre. Il ne peut y avoir plus grand que Dieu en personne. Toute la foi chrétienne est dans cette proximité, cette intimité de Dieu avec ceux qu’Il ne cesse jamais d’aimer. L’attente de l’humanité, son désir de bonheur, sa nostalgie du paradis perdu trouve dans l’événement de Noël son aboutissement définitif. Après cela, il n’y a plus que le ciel à attendre, si bien que notre vie est un noviciat d’éternité. Mais Il est là, à nos côtés, comme Il a marché avec ses disciples sur les routes de Palestine. Un jour, Il sera tout en tous, et en attendant, Il nous sauve de tout ce qui pourrait nous séparer de Lui. Que la main du Seigneur soit sur nous, ne la lâchons pas en prévision de ce jour béni.

 

Antiennes O 17 au 23 décembre 2024

17 décembre : O Sapientia ! 

L’émerveillement et le tressaillement à l’approche de l’indicible sont la marque de l’octave qui précède les solennités de la Nativité. Cette attitude spirituelle culmine dans les « antiennes O » que nous chantons chaque soir à la fin des vêpres et qui sont reprises comme verset de l’Alleluia à la Messe. « O Sagesse qui sort de la bouche du Très-Haut, qui couvre l’univers d’un bout à l’autre… » Rien n’échappe, en vérité, à cette sagesse qui gouverne toutes choses ; elle compose avec les folies des hommes, les forces de la nature, les résistances et les misères du cœur humain, à l’image de la généalogie du Sauveur qui nous trace les méandres de son enracinement terrestre, peu reluisant, en vérité. Cette action mystérieuse de l’Esprit Saint –c’est par la Sagesse qu’Il est le plus souvent désigné dans l’Ancien Testament- est à la fois forte et douce (fortiter et suaviter) elle sait vaincre les résistances, mais ne le fait pas avant d’avoir épuisé toutes les ressources de la douceur et de la persuasion ; elle s’adapte à chacun des acteurs du drame humain, les invite à donner le meilleur d’eux-mêmes et à reconnaître son dessein miséricordieux ; cette finesse qui guide l’action morale s’appelle la prudence. C’est elle, au final, qui règle toutes les autres vertus, qui les dose à bon escient, selon les manques et les forces de chacun. Pour que le Verbe incarné puisse être accueilli dans les âmes, c’est donc elle que nous demandons aujourd’hui : « Veni ad docendum nos viam prudentiae ! » Ainsi, nous deviendrons de bons collaborateurs de la grâce, en sachant utiliser au mieux toutes les ressources de notre être incarné, soulevé par la proximité du Verbe et le souffle de l’Esprit, à la gloire du Père éternel.

 

18 décembre : O Adonai ! 

Toute l’histoire du peuple saint aboutit au Messie, « le Seigneur sauve », car c’est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Le Dieu tout-puissant, qui conduit la Maison d’Israël est Celui qui se révèle à Moyse au buisson ardent, et le libérateur de l’esclavage d’Egypte l’approche avec crainte et tremblement, et plus encore au Sinaï, lors du don de la Loi. Une antienne du 1er janvier verra dans le buisson qui brûle sans se consumer une allégorie de la Vierge Immaculée, Mère du Dieu sans perdre sa virginité. Tout a un sens profond et caché quand Dieu se révèle, et plus encore lorsque Dieu se fait Emmanuel, Dieu avec nous. Le personnage central de l’évangile, aujourd’hui, est St Joseph, qui commence par exercer la prudence, se retirant devant un mystère trop grand, puis se rendant aux arguments de l’ange qui lui dévoile une sagesse plus haute. Dans un grand élan théologal d’espérance et d’amour, il acquiesce sans mot dire et accueille sous son toit Celle qui est déjà son épouse. Le germe juste dont parle le prophète est désormais semé dans une terre fertile, dans le secret des grandes âmes, loin du regard des hommes qui n’y comprennent rien. Tout nous invite ici au regard intérieur des choses, qui seul peut nous faire percevoir la cohérence d’événements incompréhensibles, où le terrestre et l’humain se mêlent au divin, où le surnaturel est reçu le plus naturellement du monde. Dieu fait partie de notre monde, non seulement à cause de son origine et der la création, parce qu’Il tient tout en sa main, mais parce qu’Il se mêle intimement à tout ce que nous vivons pour que le salut soit offert à tous ceux qui veulent bien le recevoir. Ne quittons pas la sienne, puisqu’Il est toujours prêt à nous sauver à bras étendu.

 

19 décembre : O Rex gentium !

« Tu vas concevoir et enfanter un fils ! » : annonce inespérée pour ces deux mères stériles, qui ont porté jusque là « ce qui faisait leur honte aux yeux des hommes ». Quoi de plus banal, serions-nous tentés de dire, qu’un enfant qui vient au monde ? Nous savons hélas plus qu’en d’autres temps que c’est pourtant loin d’aller de soi, et aujourd’hui en plus à cause de beaucoup d’égoïsme et d’irresponsabilité. Le signe merveilleux de la Vierge qui enfante n’en prend que plus de relief : non seulement chaque naissance est un miracle, car elle amplifie la création d’une âme immortelle et d’une destinée terrestre, mais que dire lorsqu’il s’agit de Dieu Lui-même ? La puissance de Dieu exaltée par les 2 premières antiennes O prend aujourd’hui une forme nouvelle et étonnante : sa gloire ne se manifeste pas seulement par des éclats, du tonnerre et des éclairs, mais dans le dénuement de la crèche et la faiblesse d’un Enfant. C’est même la principale spécificité de la foi chrétienne : difficile d’imaginer un Dieu qui renonce aussi facilement à sa force ! Car il nous est bien difficile d’en faire autant, même avec nos forces de fourmis : quand on a le couteau par le manche, il est quasi impossible de ne pas en profiter…

Dieu qui est l’Amour substantiel est donc infiniment fragile et vulnérable. Si souvent, nous qui sommes les héritiers de 2000 ans de christianisme, nous espérons qu’Il se manifeste encore à la manière de l’Ancien Testament. J’ai connu un confrère qui disait : « Si seulement Dieu consentait de ne pas exister pendant 10 minutes, quelle débarrassée on ferait ! » Or, nos faiblesses et nos fragilités nous rapprochent de l’Enfant-Dieu, quand nous les acceptons en souriant. Les vraies victoires ne sont pas celles qui écrasent, mais celles qui préservent et qui protègent les dons de Dieu. Qu’Il nous apprenne à son contact la douceur et la délicatesse, en renonçant à toute volonté de domination et de puissance indue, pour que le Christ puisse être encore enfanté en ce monde qui croit pouvoir se passer de Lui.

 

20 décembre : O Clavis David ! 

«  Voici que la Vierge concevra… » C’est donc aujourd’hui que s’accomplissent les promesses de Dieu. L’évangile de l’Annonciation – Missus est, qui vaut à la tradition monastique tant de commentaires admirables prêchés au chapitre l’un des jours les plus solennels de l’année- est certainement le sommet de ces jours d’attente ardente. Enfin, les captifs du pays de l’ombre voient pointer l’aurore de leur délivrance. On pense aux icônes qui montrent l’enfer qui vole en éclats au pieds du Christ sortant du tombeau, et l’image des clefs n’est pas sans évoquer l’Eglise et le pouvoir apostolique d’ouvrir et de fermer la porte du ciel, ou encore le livre aux 7 sceaux de l’Apocalypse que personne ne peut ouvrir sinon Celui qui est Lui-même la clef, Serviteur du Père et sceptre de sa puissance de miséricorde. Mais pour l’heure, Marie est la porte par laquelle Il va entrer dans le monde, et Lui seul peut s’en servir sans briser sa virginité. C’est sur Elle que se concentrent avec reconnaissance les feux de la rampe, petite servante duTrès-Haut, sans qui rien n’aurait été possible, selon ce joli dialogue où l’ange demande à Dieu : « Et si Elle dit non ? Avez-vous un autre plan ? »  « Non, dit Dieu, Je n’ai pas d’autre plan ! » Insondable don du fiat, prononcé en toute lucidité et prudence conjuguées, que chante St Bernard dans un de ses plus beaux sermons « Super Missus est », où l’ange Gabriel représente à la Vierge très Sainte toutes les raisons de répondre à l’invitation divine. Elle n’a pas fatigué son Dieu, Elle ne se permet pas de Le faire attendre, Elle nous presse d’en faire autant : ne tardons pas et pressons-nous de nous glisser dans le sillage de ce fiat éternel, qu’Elle redit fidèlement jusqu’à la gloire des cieux.

 

21 décembre : O Oriens !

Si l’austérité de l’Avent est tempérée par la joie, on peut dire qu’elle s’intensifie à mesure qu’on s’approche de l’heureux événement de Noël. La raison de cette joie, c’est la lumière qui jaillit au milieu de l’hiver de ce monde. Elle est à la fois attendue contre toute espérance et une surprise dont nous n’avons pas encore pris la mesure. Nous contemplons ce jaillissement dans la visite de cette jeune maman à sa cousine âgée, qui est l’occasion non seulement d’un dévouement bienvenu et du partage des tâches du foyer, plus lourdes quand l’âge est là, mais du tressaillement des deux enfants qui se devinent et se reconnaissent alors qu’ils ne sont pas encore nés. Qui est donc ce Dieu qui vient jusqu’à nous, comme il vient par sa Mère accomplir les promesses des prophètes et réchauffer les cœurs meurtris, prostrés au pays des ténèbres et de l’ombre de mort que nous ne connaissos hélas que trop? Nous ne pouvons que désirer ces visites du Verbe dont notre père St Bernard s’est fait le chantre incomparable, que chacun peut expérimenter à sa mesure, mais qui viennent seulement quand Dieu le veut et souvent de manière totalement inattendue. Cette heureuse surprise peut alors réjouir les cœurs désencombrés, livrés au seul bon vouloir de cet Enfant qui nous enseigne l’abandon entre les mains du Père dès avant sa naissance.

 

22 décembre : O Rex gentium !

Le désir le plus profond du cœur de l’homme, dans toutes les situations, c’est le bonheur. Dans cette quête qui nous suit du berceau à la tombe, nous sommes la proie de multiples illusions et le péché déforme en nous jusqu’à l’image de Dieu qui nous a créés pour cela. C’est le spectacle de notre malheur qui décide le Père d’envoyer son Fils pour sauver l’homme façonné d’argile, si fragile et si grand à ses yeux. Il est juste d’appeler le Christ Roi des nations, car Il est au fond de tous les désirs, si dévoyés soient-ils. Ce que chacun appelle de ses vœux les plus intimes, souvent sans le savoir, c’est Lui, qui est au centre de l’histoire, seul capable d’unir les hommes dans son amour. Ce que chante la Vierge sainte dans son Magnificat, le plus sublime poème de louange jailli d’un cœur créé, c’est ce Dieu infiniment grand qui se penche avec ravissement sur l’infiniment petit, qui se fait Lui-même si petit qu’il ne rebute aucun de ses enfants. Personne qui ne soit digne de Le recevoir, non à cause de sa valeur propre, mais parce que c’est son désir à Lui. Le drame, c’est que nous sommes toujours trop grands, infatués centrés sur nous-mêmes, de ces « gros pleins d’être », comme les appelle Sartre dans un sarcasme philosophique. L’inverse, c’est comme cette petite fille qui tentait d’expliquer à son papa une chose qui pour elle était simple et évidente, et qui, à bout de ressources devant cet adulte qui n’arrivait pas à comprendre, lui dit : « Bon, eh bien, ça fait rien : tu comprendras quand tu sera plus petit ! » Voilà en effet ce que nous dit la petite servante du Seigneur et ces âmes innombrables qui l’ont compris.

 

23 décembre  O Emmanuel !

L’octave de préparation à Noël, marquée par les grandes antiennes O que l’on chante chaque jour au Magnificat de vêpres et comme verset de l’Alleluia de la Messe, dessine une progression dans la compréhension du Messie, annoncé par les prophètes. Il est le désiré des nations, qui en général ne le savent pas, sinon comme une aspiration plus ou moins vague à la paix et au bonheur qu’elles peinent à réaliser. Plus l’écart se creuse entre la recherche d’un bien-être matériel qu’on identifie au bonheur et l’amour gratuit de Dieu qui seul peut combler les aspirations les plus secrètes de l’être humain, plus devient urgent l’appel à reconnaître l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, cet Enfant fragile de la crèche qui fait mystérieusement barrage à toutes les volontés de puissance qui s’exercent au dépens des plus faibles. « Veni, ô viens ! » c’est la prière qui conclut chaque antienne et qui se fait aujourd’hui plus pressante. Il n’y a qu’une seule chose à demander, c’est qu’Il soit avec nous, que nous restions dans sa main, que nous glissions patiemment notre pauvre volonté dans la sienne, et que sa lumière et sa paix se diffusent comme une lueur dans la nuit. Alors sa venue dans le temps de Bethléem n’aura pas été inutile : elle se multiplie à l’infini des cœurs accueillants qui croient que sa venue, c’est aujourd’hui pour moi.

Antiennes O du 18 au 23 décembre 2023

Le 17 décembre 2023 est le 3e dimanche de l’année B : l’homélie remplace la méditation sur les antiennes O.

18 décembre 2023 Adonaï
Le Nom de Dieu, c’est Lui-même, c’est sa Personne, par lequel Il se désigne Lui-même. Mais comme il est absolument transcendant, on ne peut le prononcer en connaissance de cause : dans la lecture publique de l’Ecriture Sainte, le tétragramme que nous rendons par Yahvé est remplacé par Elohim ou plutôt par Adonaï, mon Seigneur. On le donne à un personnage important qui a autorité souveraine sur des subalternes. Mais le « mon » a une nuance d’intimité et de respect, de relation affectueuse et de soutien paternel. Après l’évocation de la création dans l’antienne d’hier, c’est Moyse qui est mis en scène aujourd’hui, avec la révélation de Dieu au buisson ardent et le don de la Loi au Sinaï. Le Messie attendu réalise les promesses depuis les origines, c’est Lui qui était en vue quand dieu intervenait dans l’histoire de ce peuple qu’il avait choisi par pure grâce et même parce qu’il semblait particulièrement indigne de son choix. Tout l’Ancien Testament est donc passé en revue, rien que pour nous rappeler que Dieu a de la suite dans les idées, et qu’il n’y a pas de raison qu’Il cesse d’en avoir. Puissions-nous toujours relire notre vie dans cette perspective.

19 décembre 2023 O Radix Jesse
En faisant un pas de plus dans l’histoire d’Israël, le personnage un peu obscur de Jessé est tiré de l’ombre. On sait l’importance des généalogies pour l’Orient ancien : le premier maillon de la descendance de Jésus est ainsi nommé par le premier de la lignée de David, son fils qui deviendra le plus célèbre. On passe de la campagne à la cour royale. Le nom de Jessé, phonétiquement proche de celui de Jésus, signifie : homme de Dieu (Yahvé). Pourquoi est-il un signe levé sur les nations ? Peut-être par cette origine plus que modeste qui marque le choix de Dieu. Il aime à choisir de pauvres intermédiaires, pour qu’on ne confonde pas la source avec le robinet. Bethléem, petite bourgade insignifiante à une encablure de Jérusalem, sera ainsi tout naturellement le lieu de naissance du Roi-Messie. Demeurons attentifs à ce qui est petit, modeste, discret : ce sont les signes les moins équivoques de la présence et de l’action de Dieu parmi les hommes.

20 décembre 2023 O Clavis David
On aurait pu, en étant fidèle aux livres historiques, parler plutôt de sceptre de David, plus évocatrice de la royauté.  Pourquoi la clef ? Le monde ressemble, pour tant de pauvres êtres, comme une sombre prison. Mais la plus obscure des prisons peut devenir sinon un paradis, du moins un lieu où l’on est pleinement heureux, parce que Quelqu’un nous ouvre une porte dans le cœur qui donne accès au sien. C’était Ettty Hillesum, cette déportée de Westerbok, qui mourut à Auschwitz, qui avait fait une ascension spirituelle impressionnante, qui disait : « Quand on a une vie spirituelle, peu importe de quel côté des barbelés on se trouve. » La clef du paradis, Il s’en est servi sur la croix pour introduire dans sa joie le Bon Larron, c’est sa croix qui est la clef, elle lui a été donnée par son Père dans le berceau. Elle ne sert pas tant à fermer qu’à ouvrir. Mais il faut se rappeler que la porte s’ouvre contre nous, alors que souvent, nous la poussons dans le faux sens, car c’est Lui qui veut entrer. Et c’est Lui qui a la clef de son côté, car Il veut faire en nous sa demeure. Qu’Il nous fasse la grâce de ne pas rester enfermés dans notre petit moi.

21 décembre 2023 O Oriens
Tout comme hier, c’est le Cantique de Zacharie qui est à l’origine de l’Antienne O de ce jour.      C’est presque mot à mot que l’antienne d’aujourd’hui reprend le dernier verset du Benedictus, le cantique de Zacharie, que nous entendions il y a peu. Le Christ est le vrai soleil levant qui vient nous visiter. Il détermine l’orientation de nos églises (le mot lui-même signifie : être tourné vers l’Orient), et normalement celle de la liturgie, qui est essentiellement un mouvement vers Dieu, révélé en Jésus-Christ. Nous sommes habituellement, à moins d’une pathologie destructrice, attirés vers la lumière, même si elle nous éblouit. Et nous savons que nous ne pouvons pas en être privés trop longtemps sans dommage notable pour notre intégrité.

Nous voici entièrement tournés, orientés, vers la Lumière qui vient, le Soleil de justice qui se lève sur ceux qui gisent dans l’ombre de la mort. Par le personnage de Jean, nous savons la valeur de la justice des hommes : mais il y a une justice supérieure qui, au final, redressera tous les mensonges, les condamnations d’innocents, et ouvrira les cachots intérieurs où tant de pauvres ont été jetés. L’épître et l’évangile sont remplis de cette joie lumineuse et communicative. Tout n’y parle que de bonheur, de tressaillement, d’accomplissement, et pourtant tout n’est qu’en germe encore. Le Bien-aimé du Cantique n’est autre que le Christ qui vient à la rencontre de Jean, et à travers lui, de toute l’humanité qui peine et qui espère. Soyons attentifs et accueillants à tous ceux qui passent le seuil de notre maison et disons-leur : « Comment ai-je ce bonheur de voir arriver l’enfant du Seigneur ? »

22 décembre 2023 O Rex gentium
Le Roi Messie n’est pas seulement le libérateur de son peuple, comme au temps de l’Exode. Ce que Dieu a fait pour Israël n’est que l’exemplaire de ce qu’Il veut faire pour toute l’humanité. Les prophètes avaient déjà entrevu l’élargissement des perspectives historiques, au grand dam des nationalistes qui ne voulaient rien partager de leurs privilèges. Dès la Pentecôte, les apôtres se hâtèrent de partir à la conquête du monde. A l’homme pétri de la terre, Dieu promet dès la chute de le sauver : c’est ce qu’on appelle le protévangile, la première annonce du salut. L’Enfant de la crèche vient donc mettre le point final au projet éternel de Dieu, Il est l’Alpha et l’Omega, le point central de l’histoire du monde qui montre que quand Dieu parle, il agit en même temps et que sa Parole éternelle résonne tout autant que son action se manifeste. Nous sommes pétris de terre, mais soulevés par la grâce si nous voulons bien Le laisser agir et sauver. Demandons cette grâce pour tous les hommes, puisqu’aucun n’est excepté de son dessein d’amour.

23 décembre 2023 O Emmanuel
Celui qui est Emmanuel, Dieu-avec-nous, est aussi désigné comme Roi et Législateur : être Roi, dans la conscience universelle de l’humanité, n’est pas tant de dominer que de pourvoir au bien d’un peuple. Les lois promulguées par une autorité légitime ont pour but de maintenir l’ordre et la cohésion d’une société, en respectant les droits des personnes et des collectivités. La raison donnée par Dieu en créant l’homme préside à ces sages dispositions. Ce n’est que lorsque cette raison n’est plus illuminée par une instance supérieure, comme l’a rappelé le Pape Benoît XVI lors de sa visite au Bundestag de Berlin, qu’elle risque de faillir à sa mission. Ainsi est sauvegardé. Ce n’est pas la Révélation qui est la source directe du droit et du pouvoir politique, qui gardent ainsi l’autonomie de leur domaine propre, mais c’est un grave dommage pour tous si on refuse d’emblée de se laisser inspirer par plus haut que soi. Pascal disait : « Il est déraisonnable de croire que rien ne dépasse la raison. » Que le divin Roi et Législateur continue d’apporter secrètement sa lumière à tous ceux qui ont en charge la chose publique.

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Antiennes O 17 au 23 décembre 2018
17 décembre : O Sapientia. Les 7 derniers jours avant Noël sont marqués par la série des Antiennes du Magnificat des vêpres, reprises comme versert à l’alleluia de la Messe du même  jour. Elles commencent par ce O de l’étonnement, de l’admiration, de l’émerveillement : c’est comme un résumé de la prière de louange pour l’œuvre de Dieu dont le sommet est l’Incarnation. Elles sont construites sur le même plan et chantées avec la même mélodie du IIème ton, qui est le ton modeste et discret de l’introït de la Messe de minuit. On invoque le Seigneur qui vient , en Le désignant sous des symboles ou par un de ses titres ; ensuite, ce symbole est développé par un de ses effets, et le point culminant est une supplication introduite par l’impératif « viens, veni ». Ces antiennes sont comme le résumé des prophéties sur le Sauveur. On y passe en revue l’ardente imploration de tout l’Ancien Testament et du monde païen en attente du Sauveur. Celle d’aujourd’hui, la première, parle du Verbe, qui est à l’origine de la création, désigné sous le nom de Sagesse. C’est le Verbe éternel au sein de la Trinité qui préside, dès avant le temps, à l’œuvre créée qu’il continue de soutenir. Il attend de nous une œuvre de prudence, qui règle tous nos actes selon la force et la suavité qui Lui appartiennent en propre. Un peu comme le prologue de St Jean que nous entendrons le jour de Noël, on commence dans le sein de la Trinité pour aboutir aux âmes qui sont sa demeure sur la terre. Qu’Il vienne pour nous guider jusqu’au trône de la Sagesse en accueillant son Esprit.

18 décembre. O Adonaï. Après l’évocation de la création dans l’antienne O d’hier, et de la sagesse qui continue de la gouverner, c’est un épisode majeur de la révélation qui est rappelé dans celle d’aujourd’hui : le buisson ardent qui manifeste clairement ce Dieu qui est aussi le Dieu de l’alliance –ce que signifie le nom d’Adonaï, qui remplace dans la lecture le Nom de Dieu, Yahvé, imprononçable pour un juif pieux- avec le don de la Loi au Sinaï. Ce sont les deux manifestations de Dieu qui sont ici seules à être évoquées, mais aussi, toute la spiritualité du désert, comme lieu de la révélation de Dieu, de sa sainteté et des exigences morales qui en découlent. Moyse est le législateur d’Israël, mais l’Alliance avait déjà été conclue avec Noé, Abraham, Isaac et Jacob. Dieu guide son peuple à travers l’histoire, ce qui est aussi une révélation qui montre que l’homme n’est pas soumis à une fatalité qui se répète sans issue, mais à un devenir avec Dieu qui l’aime. En dehors du judaïsme et du christianisme, la conception de la vie est le plus souvent cyclique, alors que pour nous elle est linéaire : nous venons de Dieu et nous allons à Dieu, ce qui est le fondement de l’espérance vraie. La prière finale nous met devant les yeux deux figures de la lumière de Noël qui vient : la délivrance d’Egypte, qui est elle-même image de celle du joug du péché et du démon. Que le Christ Sauveur achève de nous libérer de tous les esclavages qui nous entravent sur la route du salut.

19 décembre. O Radix Jesse. En faisant un nouveau saut dans le temps et l’histoire du salut, nous voici à un moment décisif des Rois de Juda, puisque les généalogies du Christ nous disent qu’Il est fils de David, de lignée royale. L’antienne s’inspire de deux passages d’Isaïe sur la racine de Jessé, père de David. St Jérôme commentant ces passages précise que les juifs identifiaient le rameau au Messie, sous le symbole du sceptre. Les chrétiens, eux, ont compris que le rameau, c’est la Vierge Marie et la fleur le Christ Sauveur. Ce sont aussi les perspectives d’un salut universel entrevu par le prophète qui sont affirmées ici : la libération promise n’est pas seulement celle d’un petit peuple insignifiant au plan politique, elle concerne tous les peuples et tous les hommes de tous les temps. Le signe de cet Enfant est donc sujet d’étonnement et d’admiration silencieuse pour tous ceux qui le comprennent déjà. Les Rois, prémices des nations, fléchiront les genoux à la crèche et notre adoration reconnaît à leur suite le Roi des Rois dans le Fils de David, né à Bethléem comme lui. L’adoration et la reconnaissance hâtent le moment béni où tous se prosterneront devant Lui en rendant grâces pour le salut qu’Il nous offre.

20 décembre. O Clavis David. En ce jour où l’évangile est celui de l’Annonciation et son annonce dans les prophéties d’Isaïe –« Voici que la Vierge concevra »- c’est le symbole de la clef qui est proposé à notre méditation. On pense bien sûr à ces clefs que le Sauveur Jésus remettra à St Pierre, qu’Il institue comme intendant des mystères de son Eglise, mais plus profondément, c’est Lui qui est la clef de tous les mystères révélés peu à peu dans l’Ancien Testament. Les juifs appelaient bouclier ou clef de David l’hexagone, l’étoile juive tristement célèbre dans l’histoire récente, qui est peut-être en ce sens même le symbole de la vulnérabilité de l’amour ; ils y voyaient le signe du Messie à venir, l’étoile de Balaam et celle des mages. L’antienne O de ce jour est au milieu des 7, comme le Christ est au milieu du temps dans son incarnation, partageant l’histoire en deux ; Il est vraiment la clef de la compréhension de l’Ecriture et de toutes choses, car sans Lui, on peine à trouver un sens au monde et à la vie. Prions aussi pour que les juifs puissent aller jusqu’à la reconnaissance du Messie qui est déjà venu et qui reviendra. Prenons dans notre prière tous ceux qui ne savent pas quel but donner à leur vie, et que sa lumière les établisse dans la seule paix véritable qui vient de Lui seul.

21 décembre. O Oriens. Après des événements importants de l’histoire du salut, nous revenons à l’ordre naturel, parce que là aussi, le Créateur s’est ménagé un symbole : le soleil. Il joue dans la vie terrestre un rôle essentiel, et marque la psychologie humaine de manière décisive. C’est un symbole utilisé abondamment par l’Ecriture Sainte et la liturgie, et c’est sans doute la manière la plus heureuse de caractériser le cycle de Noël, qui est l’arrivée de la lumière au moment où l’hiver est à son point le plus bas et le plus obscur. L’humanité est décrite comme prostrée dans l’ombre de la mort, et elle attend Celui qui la délivrera. La liturgie chrétienne est orientée géographiquement non vers Jérusalem, mais vers le soleil qui se lève à l’Est : nous sommes toujours en attente de résurrection ! Le cantique de Zacharie, qui achève l’office des Laudes, salue le Christ comme le soleil levant qui vient chaque matin nous visiter. Ses entrailles de miséricorde relèvent tous ceux qui sont abattus et se confient en Lui. Rappelons-nous que nous sommes fils de la lumière et qu’Il nous envoie la répandre partout où elle manque.

22 décembre et 23 décembre. O Rex gentium. Celui que les nations attendent sans le savoir, c’est le Christ. Toutes aspirent plus que jamais à la liberté, et il ne leur est le plus souvent proposé qu’un asservissement en flattant leurs instincts les moins nobles. L’histoire d’Israël est comme le modèle de celle du monde : la paix impossible, l’entente au-delà des nationalismes, la justice et l’harmonie des cultures, tout cela ne peut advenir que dans l’accueil de la Loi divine et de Celui qui en est la source et le garant. La pierre angulaire sera rejetée par les bâtisseurs, mais c’est en vérité, pour l’éternité, la pierre d’angle choisie par le Père. Jusqu’au meilleurs membres du paganisme, il a inspiré le désir de sa venue, et il y a partout et de tous temps des âmes de bonne volonté qui L’écoutent, même parfois sans Le reconnaître explicitement : « Tout homme qui est de la vérité entend ma voix. » C’est pourquoi nous chanterons demain qu’Il est l’Emmanuel, Dieu avec nous, le vrai Roi et le législateur universel. Avec l’initiale de la dernière antienne O Emmanuel, nous pouvons lire à l’envers : Ero cras, demain je serai. Le Sauveur qui naît à Bethléem ne cesse de venir à nous et de renaître pour nous : puissions-nous L’accueillir dans un cœur aimant et adorant.